BOUCLER LA BOUCLE

PAR DARRYL SIMMONS, ÉDITEUR

Les constructeurs commencent à intégrer la réparation de carrosserie dès la phase de conception. Il était temps.

En réparation de carrosserie, rien ne commence ni ne se termine vraiment avec l’accident. Un véhicule arrive endommagé. Un technicien le répare. Il retourne sur la route. Des années plus tard, il peut revenir pour une autre réparation, un autre propriétaire, une autre vie. De bonnes réparations permettent aux véhicules de rester en circulation dans ce cycle.

Cette boucle, tous les acteurs de la carrosserie la comprennent. Ce qui change aujourd’hui, c’est que le reste de l’industrie automobile commence à s’organiser autour de cette même idée.

Le terme à la mode est « circularité ».

La circularité consiste simplement à maintenir les matériaux en usage le plus longtemps possible plutôt que de considérer les véhicules comme des produits jetables. Réparation, réutilisation, remanufacturation et recyclage deviennent les étapes d’un cycle continu.

Plus important encore, la durabilité s’avère aussi rentable.

Les constructeurs réalisent que la récupération des matériaux, l’allongement de la durée de vie des produits et la réduction des déchets ne sont pas seulement bénéfiques pour l’environnement. Cela protège les chaînes d’approvisionnement, réduit la dépendance aux marchés de matières premières volatils et diminue les coûts de production à long terme.

Ce virage commence à influencer la conception même des véhicules — et c’est là que la réparation de carrosserie entre en jeu.

Partout en Europe, les constructeurs repensent l’ingénierie des véhicules afin que les matériaux restent en circulation plus longtemps. Les ingénieurs étudient comment les véhicules peuvent être démontés, comment les pièces peuvent être réutilisées et comment les matériaux peuvent être récupérés sans perdre leur valeur. On parle souvent de conception pour le démontage, mais concrètement, cela signifie que les véhicules sont conçus en tenant compte de l’ensemble de leur cycle de vie.

Et cela inclut la réparation.

BMW a récemment franchi une étape importante dans cette direction. L’entreprise développe un système de recyclage en boucle fermée pour les véhicules en fin de vie. L’objectif ne se limite pas au démontage, mais vise la récupération de matériaux et de pièces de haute qualité.

BMW apporte son expertise par l’intermédiaire de son centre de recyclage et de démontage, où des ingénieurs étudient comment démonter les véhicules et récupérer efficacement les composants.

Stellantis suit une approche similaire. Grâce à son programme européen SUSTAINera, l’entreprise étend l’utilisation de pièces remanufacturées, de matériaux recyclés et de stratégies visant à prolonger la durée de vie des véhicules. Elle a également mis en place des centres d’économie circulaire où les véhicules sont démontés, les composants réutilisables récupérés et les matériaux préparés pour réintégrer la chaîne d’approvisionnement.

Les véhicules électriques ajoutent une dimension supplémentaire. Les batteries contiennent des matériaux précieux comme le lithium, le nickel et le cobalt. Ces ressources ne peuvent être jetées. Les constructeurs développent des systèmes pour reconditionner les batteries, les réutiliser pour le stockage d’énergie, puis les recycler afin de récupérer ces matériaux.

Tout cela oblige les constructeurs à repenser leur approche. Il ne s’agit plus seulement de concevoir pour l’assemblage en usine, mais aussi de prévoir ce qui se passera des années plus tard — lors de la réparation, du démontage ou du recyclage.

Pour les ateliers de carrosserie, ce virage pourrait apporter des avantages concrets. Des véhicules conçus pour être démontés et réparés plus facilement pourraient réduire la complexité et améliorer les délais de réparation.

Et franchement, il était temps.

Les réparateurs travaillent depuis longtemps sur des véhicules conçus pour l’efficacité d’assemblage, et non pour la réparabilité. Si la circularité pousse les constructeurs à mieux considérer la réparation et la préservation des matériaux, cela profitera à la fois à l’environnement et au processus de réparation.

Dans ce numéro, notre dossier sur l’empreinte carbone examine comment cette réflexion commence déjà à atteindre le secteur de la réparation.

Les assureurs et les constructeurs commencent à mesurer l’impact carbone des décisions de réparation, notamment la différence entre réparer une pièce et la remplacer par une pièce neuve. Ces discussions évoluent encore, mais elles révèlent une réalité plus large. Les ateliers prolongent la durée de vie des véhicules chaque jour. Chaque réparation bien réalisée permet de préserver des matériaux déjà produits, transportés et installés.

La circularité ne fait que donner un nom à cette réalité.

Depuis des décennies, la réparation de carrosserie maintient les véhicules dans ce cycle. Aujourd’hui, les constructeurs commencent à concevoir les véhicules selon ce même principe. Lorsque ce sera pleinement intégré, la réparation ne sera plus seulement une étape après un accident. Elle fera partie du plan dès le départ — et cela pourrait transformer en profondeur la façon dont cette industrie est perçue.

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