JUSQU’À CE QU’ILS SE FASSENT EMBOUTIR
« Les véhicules modernes sont des merveilles d’ingénierie — mais leur réparation devient extrêmement coûteuse. »
PAR GIDEON SCANLON
Les véhicules modernes sont de véritables merveilles d’ingénierie — mais leur réparation devient extrêmement coûteuse.
Les ateliers travaillent désormais sur des machines remplies de caméras, de capteurs radar et de systèmes logiciels. Les processus prennent plus de temps et les factures augmentent. La nature même des dommages a changé. Ce qui semblait autrefois mineur ne l’est plus. Un léger impact signifiait autrefois des réparations esthétiques.
Aujourd’hui, il peut entraîner des diagnostics, des vérifications de capteurs et des calibrations de systèmes. Un pare-chocs touché peut impliquer des unités radar ou des systèmes ADAS.
Faire face à cette complexité constitue le principal défi de l’industrie de la carrosserie. Les entreprises développent de nouveaux processus en réponse. CCC Intelligent Solutions indique que des balayages sont effectués dans 88 % des estimations de programmes de réparation directe au troisième trimestre de 2025. Les calibrations apparaissent dans 36% des cas.
La gravité moyenne des réclamations a atteint 4 768 US$ au troisième trimestre de 2025. Les taux de maind’oeuvre ont augmenté de 3% sur un an. La fréquence des pertes totales est passée de 22,1% à 22,8%. Plus de 72% de ces pertes concernent des véhicules âgés de sept ans ou plus.
Et c’est là que le problème se pose. Les véhicules plus anciens valent souvent moins que le coût de leur remise en état. La zone intermédiaire de réparation est en train de disparaître.
Le parc automobile vieillit également. S&P Global Mobility établit l’âge moyen des véhicules à 12,8 ans. Les ateliers doivent désormais gérer les deux extrêmes: des véhicules récents et sophistiqués, et des véhicules vieillissants qui deviennent rapidement des pertes totales.
Les véhicules électriques illustrent bien la direction que prend le marché. Les réclamations réparables pour véhicules électriques à batterie au Canada ont atteint 4,77% en 2025, en hausse de 24% sur un an. La gravité moyenne des réparations a atteint 7 253 $. Au troisième trimestre, 85% des dépenses en pièces pour VÉ concernaient des pièces d’origine, contre 62% pour les véhicules à moteur thermique.
Rien de tout cela ne remet en question les bénéfices des véhicules plus sécuritaires. Le freinage d’urgence automatique réduit les collisions arrière de 50% et les accidents avec blessures de 56%. Mais plus sécuritaire ne veut pas dire plus simple. Ni moins coûteux.
Il est difficile d’imaginer une baisse des coûts, même à long terme. L’industrie est toujours confrontée à une pénurie croissante de main-d’oeuvre. Elle aura besoin d’environ 110 000 nouveaux techniciens en carrosserie d’ici 2026. Les véhicules modernes exigent des diagnostics, de la documentation et des procédures spécialisées. Les techniciens qualifiés sont rares, et les entreprises devront payer cher pour attirer les talents nécessaires.
Les clients et les assureurs ont souvent du mal à comprendre la valeur des diagnostics et des calibrations après accident. Peu suivront les subtilités des forces du marché ou des pénuries de main-d’oeuvre. Ce qu’ils voient, ce sont des factures plus élevées et des délais plus longs.
La communication devient donc un autre défi pour l’industrie. Les professionnels de la carrosserie utilisent un langage technique qui peut sembler opaque pour quiconque n’est pas du métier : balayages, calibrations, procédures ADAS, alignements de capteurs, réinitialisations logicielles. Pour un technicien, il s’agit d’étapes normales. Pour un client, cela peut paraître obscur, voire suspect.
Lorsqu’on entend des termes inconnus associés à une facture en hausse, le réflexe est de croire qu’on se fait avoir. Cette perception crée des frictions là où la clarté est essentielle. Les professionnels doivent désormais faire plus que réparer des véhicules endommagés. Ils doivent expliquer leur travail.
Des explications simples sont essentielles. Les clients doivent comprendre pourquoi les véhicules modernes nécessitent des diagnostics après un impact mineur, pourquoi les capteurs doivent être recalibrés et pourquoi les procédures des constructeurs ne peuvent être ignorées. Sans cette compréhension, un travail légitime peut sembler être une dépense inutile.
Les véhicules modernes sont de véritables prouesses scientifiques. Mais expliquer comment les réparer relève davantage de l’art.







