LA CULTURE D’APPRENTISSAGE S’EFFRITE. LA GRATIFICATION INSTANTANÉE PREND LE DESSUS SUR LA PRATIQUE, PIS ÇA PARAÎT: LE NIVEAU DE COMPÉTENCE EN PREND UN COUP.
PAR STEFANO LIESSI
Attendre après quelqu’un ou quelque chose pour te montrer le chemin Les médias sociaux, on va régler ça drette là, ça contient peut-être — peutêtre — 1% d’information utile. Le reste, c’est du bruit. Y’en a qui vont obstiner ça en débossant un panneau avec de l’eau chaude pis une ventouse. Bonne chance. Récemment, un article sur LinkedIn — qui commence à tirer de la patte lui aussi — parlait de l’état du soudage dans le domaine du bodyshop.
On citait une session du CIC aux États- Unis où un présentateur avançait qu’à peu près 2% des véhicules réparés pis soudés le sont comme il faut. Pas loin de la vérité. On se le cachera pas: côté compétences, ça tire de l’arrière.
Prends une grande respiration, ça va brasser un peu.
Y’a du monde qui défend vite les techniciens: pas assez de formation, pas assez de support, pas assez d’occasions. Correct. Mais ça donne pas un passe-droit. Le technicien reste responsable de sa job, à 100%.
Pas le boss, pas le shop, pas la direction, pas l’industrie. Oui, les véhicules sont complexes, les réparations aussi. Mais c’est pas une excuse. Les défis, on les connaît. Si on les voit pas, ou si on pense que le minimum fait encore la job, c’est peut-être le temps de se poser des questions.
Pis là, parce que j’ai quand même un peu de coeur pour la réalité terrain, je vais élaborer. Revenons aux médias sociaux. J’ai grandi sans internet, sans gratification instantanée.
L’école des coups durs, comme on dit. Le plus dur pour un technicien, c’est de savoir ce qu’il ne sait pas. Aujourd’hui, avec internet, c’est encore plus évident. Tu regardes quelqu’un faire un DIY en ligne — pis le faire croche — pis tu le vois tout de suite. Tu vois ce qui manque.
J’ai mon Red Seal, mais j’ai pas passé par le chemin classique. Pas de programme au secondaire, pas de collège, pas d’apprentissage.
J’ai challengé l’examen final comme un pari. Le reste a suivi. Ma base? Elle vient du besoin de comprendre. Pourquoi ça marche? Comment ça marche? Fallait que j’apprenne ce que je savais pas encore.
On m’a montré des affaires discutables, oui, mais je lâchais pas le morceau. Je questionnais jusqu’à trouver une réponse qui tient la route. Ça s’est pas fait en une semaine. Je fais encore ça aujourd’hui. Entre la vraie connaissance pis le pitch de vente, la ligne est mince.
Pourquoi en parler? Parce que la culture d’apprentissage a changé. À l’université, pendant mon BEd, j’ai vu une tendance à réinventer la roue, souvent poussée par la techno. Le problème, c’est que ça crée une mentalité de gratification instantanée. Une leçon, on passe à autre chose. Une vidéo, un quiz, parfait — on avance. Petit à petit, l’envie de creuser disparaît. Le pourquoi? On le laisse tomber.
Quand j’enseignais au secondaire, j’ai donné un examen open book, open téléphone, tout permis. Les élèves capotaient. Ils pensaient que ça allait être facile. Ça l’était pas. Résultat: personne a eu 100%. Pourquoi? Parce qu’ils savaient pas c’était quoi la bonne réponse. Ils prenaient la première qui sortait. Gratification instantanée.
Aujourd’hui, on fonctionne comme ça. On mémorise moins, on pratique moins —one and done. Avant internet, la répétition pis la pratique faisaient partie du processus. C’est comme ça qu’on devenait bon. Après 18 ans chez I-CAR, je vois encore des techniciens revenir pis rusher avec la certification. Ils pratiquent pas. Y’en a qui s’en foutent. D’autres sont juste rendus confortables. Tu peux regarder mille vidéos mille fois pis pas avancer d’un pouce. Tu peux voir une démo cent fois pis pas l’intégrer. À un moment donné, faut que ça vienne de toi.
Un cours d’une heure ou un atelier d’une journée, ça te rend pas meilleur par magie. Ça te donne des outils. Après ça, c’est à toi de t’en servir. Pis l’argument que le soudage se fait moins souvent? Ah oui? Ça veut dire que c’est moins important? Voyons donc.
C’est encore plus critique, parce que quand ça arrive, t’as pas droit à l’erreur. Encore une fois: pas d’excuse. Les certifications devraient être renouvelées chaque année, minimum. Faut être prêt quand ça compte. La solution? Rien de compliqué. Dépose ton téléphone. Du temps, pis de l’effort. Quand tu mets du temps sur un problème, tu finis par comprendre. Mais faut aussi que tu travailles. Y’a pas un coupable unique — c’est collectif. Arrête d’attendre après quelqu’un ou quelque chose pour te montrer le chemin.
Côté écoles, faut arrêter de chercher des raccourcis. Côté ateliers, faut laisser le monde apprendre pour vrai. Demande pas s’ils vont avoir fini pour midi—they won’t. Techniciens, retenez ça: tout ce que vous apprenez reste avec vous. Ça vous rend meilleurs, pis ça donne une vraie fierté quand la job est bien faite. Ça, c’est la gratification différée.
Les athlètes pratiquent. Les musiciens pratiquent. C’est comme ça qu’ils deviennent bons. Tout le monde commence en bas. Y’a pas de solution magique, pas de licorne. Eddie Van Halen était pas bon malgré la pratique — il était bon à cause de la pratique.
Tant qu’on va courir après la gratification instantanée au lieu de faire l’effort, on va avoir la même discussion l’an prochain. L’information est partout, en quantité industrielle. Faut juste s’en servir. À mon avis — pis prends-le comme tu veux — bon assez, c’est pas assez.







